« Speak Up » #1 : Théo Bolley

Publié par La Rédaction le mardi 27 septembre 2016 à 10:09

Il ne le savait pas mais Théo Bolley inaugure la rubrique « speak up! » qui vous permet de dire publiquement ce que vous avez sur le coeur. Envoyez vos textes à moto@lebigusa.com.

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« Coach, Sponsors, sponsoresses, Mécanos, méconnasses, Followers, suiveurs, DeNiSe, DeNiS.

DeNiSe et DeNiS, vous connaissez ? Enlevez les voyelles. DNS, 2 fois. « Did Not Start » en anglais. Pas parti. Et donc forcément pas arrivé. C’est eux qui me tiendront la main ce week-end de finale. Quand on est pilote, de bagnole, de moto ou même de rotofil, le truc le plus humiliant est de ne pas piloter. Qu’on s’appelle Canard (le Trey, pas le palmipède, le seul bipède capable de se mettre des boîtes à s’en casser trois pattes), qu’on s’appelle Paulin, Fèbvre, Stewart, Herlings, Desalle ou Dupont, Durant, Bolley il y a 15 ans ou Bolley maintenant, avec un petit « b » quand on n’est que le fils du premier et qu’on passe le week-end à pied. Quand on est pilote, ce qui t’anime c’est chercher la victoire sous le drapeau à damier et d’en partager les lauriers. Quand on est pilote, c’est pas pour la gloire, les meufs et se la péter en soirée. Sinon, on ferait tous David Guetta : tu appuies sur « play », c’est moins risqué. Quand on est pilote français, c’est même pas pour la gloire de passer dans l’Equipe ou à la télé. Pour le chroniqueur sport, le tout-terrain, c’est « tous tes reins » et ça pisse pas bien loin. Et ça ne pisse jamais sang et eau vu que « tu n’as rien à faire, t’es assis sur une moto ». Quand on est pilote français en enduro, c’est encore moins pour tirer des ronds. Il faudrait ériger des statues aux sponsors pour leur dire merci d’être impliqués. Quand on est enduriste, c’est pour en chier seul, des heures, devant trois spectateurs connaisseurs, en plein cagnard, sous la pluie ou dans le froid. Pour dépasser les éléments, se dépasser soi-même et accessoirement dépasser les autres concurrents. »

Quand on nait…
« Quand on est coach en enduro, c’est par passion, à fortiori chez TM qui vise les 1 500 meules produites par an. C’est pour passer 40 week-ends par an à te faire des cheveux blancs alors que tu pourrais bichonner madame à domicile ou jouer avec tes gosses sur le divan. Quand on est sponsor en enduro, c’est par amour d’un sport où tu as de la merde sur tes stickers au bout de 200 mètres. Par goût du risque. Il en faut quand on pourrait mettre ses ronds sur des casquettes de boulistes qui passent statistiquement plus dans le poste de télé et moins sur le billard pour se faire rafistoler (sur le premier point, je suis formel ; sur le second je suis prêt à parier). J’ai rien contre les boules, j’en ai moi même deux que je ne quitte jamais. Grosses comme des pastèques ce week-end, envers mes sponsors aussi. Quand on est pilote en enduro, on est en bout de chaîne. On porte le fruit du boulot des mecs qui misent « sur » et les espoirs de ceux qui croient « en » toi. Quand tu ne peux pas rouler parce que le physique ne suit pas, tu es comme le comédien muet au moment d’entendre « moteur ! » parce qu’il a une extinction de voix, comme le crêpiste qui n’a plus de pâte à crêpe devant une classe de maternelle avec un grand pot de Nutella. Tu déçois. Parce que quand on est enduriste, il faut endurer, ne jamais lâcher le morceau. Je ne lâche rien. Ce que je m’inflige en jetant l’éponge est plus douloureux que ce que j’encaisserais au guidon. Si ce week-end je laisse la moto sur la béquille, c’est aussi par respect pour ceux qui attendent de moi le meilleur. Peut-être pas tout de suite, mais en tout cas bientôt. »

🖌Peter Watson

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