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Le coup de gueule de l’ASM Fublaines

Publié par Justine Geisler le vendredi 6 novembre 2015 à 10:58

Comme d’autres clubs, Fublaines doit faire face à des dégradations gratuites et conséquentes chaque année. Il était temps de dénoncer et mettre en lumière ces soucis rencontrés.

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LeBigUSA.com : Qui s’occupe actuellement de la piste de Fublaines ?
Mathieu Suchodolski (bénévole) :
Pour vous résumer rapidement, le terrain est géré par la FFM et placé sous la responsabilité de Laurent Caille, salarié de la Ligue occupant le poste de responsable technique du circuit Carole et celui de responsable du circuit de Fublaines. Laurent a repris la piste il y a environ une dizaine d’années. Sa passion et son intérêt pour le motocross ont fait que la piste et ses abords ont évolué régulièrement afin de satisfaire le plus grand nombre d’entre nous. Concernant les bénévoles, cinq œuvrent ponctuellement, un plus régulièrement et quelques uns apportent également leur aide en cas de coup dur.

Depuis combien d’années existe le circuit ?
Le moto-club de Fublaines a été créé en 1985. Jusqu’en 2001, deux courses de Ligue étaient organisées. On est passé à 3 courses ensuite et depuis 5 ou 6 ans, un championnat de France a également lieu qu’il s’agisse du National MX1, du MXF ou du Cadet. On essaye de maintenir des épreuves sur le plan régional mais aussi d’offrir une épreuve au plan national.

Le terrain étant géré par la FFM, qu’est ce que cela signifie ?
La Ligue loue la parcelle de terre et nous aide sur certains financements. Par exemple, bien que les engins appartiennent à Laurent personnellement, elle aide sur le fioul mais aussi lors des organisations.

A quand remonte le début des ennuis rencontrés ?  D’abord le bruit c’est ça ?
Concernant le bruit, on a toujours eu un accord avec la mairie sur des ouvertures bien définies soit deux samedi par mois d’avril à octobre avec une coupure en juillet et en août. Concernant les dégradations cette fois, les ennuis ont commencé en 2001 avec le passage d’un groupe de gens du voyage tous les ans à la même période.

Quels sont les actes de malveillance subis ?
Ça se traduit toujours de la même manière. Il s’agit de la destruction des Algecos, vitres, cloisons, portes, sols, plafond. Ça passe également par le mobilier, chaises, tables sans parler de la sono, des câbles électriques, de la grille de départ puis des petits cadeaux sympas qui laissent des odeurs chatoyantes…

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Quel a été, si on peut dire ainsi, le summum ?
Cette année, le club avait revu toute l’infrastructure pour accueillir dans les meilleures conditions possibles le championnat de France féminin avec des locaux pour les secours, le chrono, le jury, le contrôle administratif. Quelques mois après l’épreuve, tout a été détruit alors qu’il restait une épreuve de Ligue à organiser. Il fallait reconstruire en peu de temps. Or, c’était compliqué de trouver les moyens financiers et humains rapidement.

Dans ces conditions, vous arrivez quand même à maintenir vos organisations. Comment vous y retrouvez vous ?
Financièrement, Laurent prend beaucoup sur lui qu’il s’agisse de dépenses personnelles, de récupération, d’aides de la part d’entreprises. Humainement, on peut compter sur des habitués qui répondent présents. Les réseaux sociaux sont bien utiles aussi. Quand il a fallu tout remettre en ordre en un temps record, on a eu un bon retour de personnes qui sont venus, chacun à leur manière, mettre la main à la pâte.

Comment retrouver la motivation et l’intérêt alors qu’il faut repartir à zéro ?
L’intérêt reste de maintenir ce club actif pour permettre de bénéficier d’un site supplémentaire en Ile de France alors que les temps sont durs pour le sport moto. La motivation, elle vient simplement de la passion mais aussi des pilotes. On a eu de la chance d‘avoir du beau temps cette année sur les épreuves que nous avons organisé et quand le soir on boucle une journée avec des pilotes heureux qui reconnaissent le boulot effectué, ça redonne le sourire.

Quels sont les recours utilisés jusque là pour mettre un terme à ces dégradations ?
Les recours possibles, il y en a peu à vrai dire. Nous devons nous contenter de subir et constater une fois mis devant le fait accompli. Nous avons un groupe de gens du voyage qui passe tous les ans et avec qui tout se passe bien c’est pour ça qu’il est important de ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Ils viennent et repartent, c’est un « accord » entre nous. Ils ont simplement besoin du parking et restent deux ou trois semaines sans qu’il n’y ait de problème. Le souci, c’est qu’un autre groupe passe en décalé sur Trilport et Fublaines. Devant le convoi important, les autorités préfèrent les rediriger vers le circuit plutôt que les placer dans une zone industrielle. Eux sont clairement là pour squatter et tout casser. Cette année, une des personnes du groupe « amical » a contacté Laurent à 1h du matin pour le prévenir mais le parking du moto-club était déjà plein. Une fois sur place, impossible de faire machine arrière.

La police ne fait rien pour les déloger ?
Les jours qui ont suivi, la police n’a pas reçu d’ordre particulier. Plus tard, une personne de la Préfecture a pu faire accélérer les choses et un avis d’expulsion a finalement été rédigé.

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Pas question de baisser les bras pour le président du club Laurent Caille. © KC

Il n’y a pas une solution pour remédier à ce problème vous même ?
Il faudrait fermer les accès aux alentours mais ça empêcherait les agriculteurs de pouvoir accéder à leur terres. Et puis le terrain de Fublaines reste la propriété d’un particulier. Du fait, c’est impossible de monter des murs ou toute autre construction permanente dans le cas où le bail s’arrêterait. Le terrain est clôturé mais c’est facile pour ceux qui sont équipés d’une pince de casser le cadenas et la chaîne sur le portail pour entrer à l’intérieur.

Recevez vous des aides annuelles du conseil général ou régional ?
Oui, surtout pour l’organisation d’un championnat de France.

Comment expliquer qu’ils laissent réduire à néant les efforts qu’eux même ont contribué à mener ?
Je pense que devant le fait accompli, il y a des priorités. Quand les gens du voyage sont là, il est peut être plus facile de se retrancher sur un terrain de moto, une parcelle de terre, plutôt qu’une zone industrielle où ça va poser problème pour les commerces. On se dit que pour la reconstruction c’est pareil, ça va coûter un peu moins d’argent de remettre un mobil-home que de reconstruire un parking, des éclairages et des abris bus.

Qu’attendez vous des « autorités » ?
Ça tient en quelques mots, fermeté, rapidité et considération.

Avez vous déjà vécu des annulations à cause de ces problèmes ?
Oui, ce fut le cas pour le championnat de France Cadet en 2011. Le circuit était investi par les gens du voyage. Le préfet a émis un avis d’expulsion mais il est arrivé un peu trop tard. On devait donner une date butoir pour dire si on maintenait l’épreuve ou non et au final, on a préféré annuler. C’est la seule fois mais je dois dire qu’on a failli frôler une nouvelle annulation pour la finale du championnat Ile de France il y a quelques semaines. Il n’y avait plus de son, plus grand chose pour la buvette, le chronométrage. On a fait avec les moyens du bord. Au final, on a eu une belle épreuve, au sec et avec un beau plateau. Ce fut une belle récompense.

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Comment voyez vous l’avenir ?
Différent et mieux, c’est ce qu’on espère en tout cas. Laurent a vu grand pour 2016. Exit les Algecos et comme nous ne pouvons pas construire une tour en dur comme vous pouvez voir à Ernée ou Saint Jean d’Angely, il a opté pour une semi aménagée mise en place le jour des épreuves et retirée ensuite ce qui évitera toute dégradation. C’est un coût bien sûr mais c’est une sécurité aussi bien matérielle que psychologique.On espère simplement que les problèmes ne se poseront pas a une autre échelle.

Comment vous aider, nous, LeBigUSA.com?
En parlant de nous, ça pourrait peut-être nous permettre d’avoir plus de fréquentation. Nous ne cherchons pas à rassembler 300 pilotes le jour d’un entraînement mais des spectateurs qui feraient le déplacement le jour des épreuves, qu’elles soient de Ligue ou qu’il s’agisse d’un championnat de France. Les gens se déplacent moins et c’est dommage. Ce serait bien, et je ne parle pas seulement pour Fublaines, qu’il y ait dans l’ensemble un peu plus d’attrait pour les sports moto. En attendant, pouvoir parler de ce problème récurrent qui touche beaucoup de clubs en France, c’est déjà une bonne chose.

Et les pilotes, les bénévoles comment peuvent-ils vous aider ?
Les pilotes, qu’il s’agisse de Fublaines ou d’un autre club, montrez-vous intéressés, concernés. Il ne suffit pas d’avoir une licence avec un nom de club dessus et de rouler. Le fait de venir filer un coup de main de temps en temps, s’intéresser aux projets, participer, ça fait partie du jeu. On peut parler éducation aussi. On voit encore trop de pilotes qui viennent rouler et qui repartent le soir en laissant le pneu en fin de vie ou les bouteilles de bière des accompagnateurs. Quant aux bénévoles, on leur dit merci d’avoir été là. Sans eux, Fublaines ne se serait pas relevé aussi rapidement.

Le mot de la fin ?

Je voudrais faire partager mon expérience. Je suis pilote, bénévole et speaker au sein du club et je peux dire qu’être à tous les niveaux donne un autre regard. Je ne vois plus le sport ni les choses de la même façon depuis que je m’investis dans l’organisation. Or, ce n’est pas facile. Parfois, on entend sur les épreuves de ligue, « le terrain est pourri ce matin, il est ceci, il n’y a jamais ça… ». Il faut se dire que pour organiser ne serait-ce qu’une épreuve dans l’année, c’est déjà beaucoup de boulot et si chacun donnait du sien, tout serait plus facile.

Propos recueillis par Justine Geisler.

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